"L’Année de la foi est une invitation à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, unique Sauveur du monde". BENOIT XVI "« Dieu me demande de continuer à la servir avec le même dévouement et amour qu’avant mais de manière plus adaptée à mon âge et à mes forces ». BENOIT XVI
" POUR MOI, VIVRE, C'EST LE CHRIST (PH 1,21) " "Regarde l'Etoile, invoque Marie" (St Bernard) "Seigneur, avec toi nous irons au désert, poussés comme toi par l'Esprit!..."

vendredi 28 février 2014

LE PERE FLORENT NASCIMENTO:



UN VALEUREUX  SOLDAT DU CHRIST

Dix ans après le brusque départ de l’illustre père Florent[1], nos cœurs continuent de vibrer au rythme du souvenir : souvenir d’un véritable soldat du Christ qui, en cet inoubliable dimanche 18 Février 2001, a définitivement déposé les armes - après un âpre combat - pour entrer dans l’éternelle et inaltérable Gloire du Vainqueur par excellence : Jésus-Christ !

LE COMBAT DU PERE FLORENT NASCIMENTO

Dix ans après la fin du combat du père Florent, les yeux de notre esprit, plongés dans les abysses et les abîmes du passé se fixent sur un événement, un lieu et une date : la session diocésaine des animateurs « Samuel » à Sèhouè en Août 1994. C’est là qu’il nous enseigna cet admirable chant qui, en réalité, résume toute sa logique et sa vision du combat (spirituel) : « Marchons au combat à la Gloire, marchons sur les pas de Jésus, nous remporterons la victoire et la couronne des élus ! ». Il fallait voir l’expression profonde de son visage, ce jour-là, pour se rendre compte qu’il exprimait ainsi une conviction intime. La conviction que le combat - son combat -, n’est pas le sien, mais celui du Christ. La conviction aussi que ce combat ne peut que conduire à la victoire ! Pour le père Florent, la vie chrétienne est décisivement un combat, mais non un combat extérieurement ‘exorciste’. C’est plutôt un combat intérieurement ‘exorciste’. Il s’agit, dans sa vision, de s’affranchir soi-même - avec la Grâce de Dieu- de l’Esclavage du Péché. Le premier couplet du chant qu’il nous enseignait alors, l’exprime avec éloquence : « Pourquoi languir dans l’esclavage ? Pourquoi porter des fers honteux ? Régner au Ciel est le partage du chrétien brave et généreux ! »
Nous qui avons été si proches de lui, et qui l’avons vu à l’œuvre dans ce combat spirituel, nous connaissons son ardeur enflammée à lutter contre le péché dans sa propre vie. Nous connaissons aussi la fascination qu’il éprouvait pour saint Paul, et son admiration pour la densité spirituelle des lettres de l’apôtre. Et nul doute que sa conception du combat spirituel ait été fortement influencée par la lettre de l’apôtre de Damase aux chrétiens d’Ephèse. Une fois identifié l’Ennemi à combattre et à abattre, le Diable, Père du péché, l’écho de la voix de saint Paul résonnait continûment dans son cœur : « Tenez-vous debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Evangile de la Paix ; ayant toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Eph 6, 14-18).
C’est toujours ce même passage de l’Epître aux Ephésiens qui offre le second pôle du combat du Père Florent. Saint Paul, poursuit en effet : « Ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph 6,12).

DU COMBAT A LA VICTOIRE

Situer ces deux niveaux du combat spirituel (identifiés plus haut) permet de mieux comprendre son Engagement. Revêtant l’armure du combat (cf. Eph. 6, 14-18), le bon Père Florent veillait à ne laisser dans sa vie personnelle aucune fissure, aucune porte d’entrée au péché. Et il était absolument conscient que la victoire au combat dépend aussi d’une rigoureuse discipline ‘ascétique’. Et il fallait être très proche de lui pour le ‘surprendre’ quelquefois - malgré sa discrétion - dans ses ‘élans ascétiques’. Ses longues prières, souvent nocturnes et matinales (au petit jour), ses fatigues et ses souffrances - tant morales que physiques - offertes en sacrifice à Dieu, son renoncement aux plaisirs ‘mondains’ (le monde au sens johannique du terme !) de tout genre, ses jeûnes…ont fait de lui un redoutable combattant pour le Malin. Mais il était très loin d’être égoïste, centré sur lui-même, le Père Florent ! Avec quel souci, quel amour, quel tact, il s’évertuait à faire revenir sur le bon chemin ceux qui s’égaraient ! Avec une séduisante douceur et une grande patience, il s’efforçait d’éteindre les flammes du péché, partout où elles sont allumées ! Jamais nous ne l’avons entendu formuler un jugement négatif à l’encontre de quelqu’un.
Dans un échange privé que nous eûmes avec lui, à Gbèdégbé en 1998, il nous confiait qu’il faut toujours s’abstenir de juger l’autre à partir de ses ‘errements’. Car, selon lui, en tout homme qui s’égare, il y a toujours, loin de tout regard extérieur, une souffrance (liée au péché). Et cette souffrance, pour lui, a déjà une valeur rédemptrice.
Quant au second pôle de son combat spirituel (le combat direct contre les esprits du mal), il faut bien se rappeler  qu’il est la merveilleuse conséquence de sa FOI en Jésus-Christ. A une époque donnée, dans un contexte d’adversité ‘spirituelle’, pour ne pas dire ‘mystique’, on lui a attribué l’adaptation d’un chant révolutionnaire dans une perspective spirituellement guerrière : « Fun mi nan fun bo ayi nan xon é, fun mi nan fun bo zan nan do égbé ; ayi ba Djésu xo, fun mi nan fun bo ayi nan xon » (Gare à toi, si jamais tu défies et provoques Jésus : ce sera la guerre jusqu’à l’aube, la guerre jusqu’à la tombée de la nuit !).
Les retentissantes « victoires » qu’il a connues dans le combat contre les mauvais esprits, surtout en l’an 2000, sont à comprendre comme la manifestation et la concrétisation d’une grâce demandée et reçue par le Père Florent, dans la perspective de libération étroitement liée au Jubilé de l’an 2000. Dans cette logique, on comprend alors, dix ans après, que sa course terrestre se soit achevée, que son combat spirituel ait pris fin, ce dimanche 18 Février 2001, soit juste après la clôture du jubilé de l’an 2000. Le combattant est couronné par le Roi, après un combat spirituel acharné qui a trouvé son paroxysme dans l’Année jubilaire, Année par excellence de Libération à tous points de vue !
 Le mot plein de sens de Victor HUGO résume avec éloquence la dense vie du ‘soldat Florent’ : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont/ Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front/ Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime/ Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime/ Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour/ Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour/ C’est le prophète saint prosterné devant l’arche/ C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche/ Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins/ Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains/ Car de son vague ennui le néant les enivre/ Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. »
Oui, le Père Florent a vécu, parce qu’il a lutté. Il a lutté, parce qu’il a vécu. Qu’il nous aide, du haut du ciel, à vivre pour le Seigneur, résolument engagé dans le combat du Seigneur. Ainsi nous n’aurons pas existé sans vivre ! Ainsi nous aurons été chrétiens ! Simplement chrétiens ! Et pleinement chrétiens ! 
                                                                                Père Mathieu C. AÏFAN
      



[1]Cet article a été publié à l’occasion du 10ème anniversaire de décès du Père Florent NASCIMENTO dans « La Croix du Bénin », en Février 2011.

mercredi 6 mars 2013

La Prédication



LE MINISTERE DE LA PAROLE

S’il est un ministère que bien des chrétiens, prêtres et laïcs, redoutent, c’est bien celui – combien difficile – de la prédication. Ministère à la fois exaltant, séduisant et délicat. Nombre sont ceux qui se demandent quelles astuces ou quelles méthodes adopter pour pouvoir accomplir avec succès le ministère de la Parole qui n’est pas limité à la seule homélie, mais s’étend à toute forme de prédication en Eglise : causeries, conférences, exposés… ayant explicitement pour objet direct l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il faut peut-être déjà reconnaître que la prédication n’est pas d’abord une question d’astuces. Elle est d’abord un ministère de foi, qui implique la foi et vise à faire naître et faire croître la foi dans les cœurs. C’est donc à l’aune de la foi qu’il faut comprendre le ministère de la Parole.

UN MINISTERE DE LA FOI
L’apôtre Saint Paul décrit bien la nature de la prédication quand il écrit : « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Ecriture : ‘Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles !’ Mais tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Car Isaïe l’a dit : ‘Seigneur, qui a cru à notre prédication ?’ Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ » (Rm 10, 14-17). On comprend donc que le prédicateur est d’abord un envoyé de Dieu chargé de porter à un public « la Parole du Christ ». Non pas un envoyé qui reste extérieur au message qu’il porte, mais un témoin qui s’immerge dans la Parole qu’il est chargé d’annoncer.
La prédication étant donc essentiellement un ministère de foi, le prédicateur étant donc principalement un envoyé-témoin, il est clair qu’il ne peut assumer correctement son ministère sans croire lui-même à la Parole qu’il va annoncer. La foi du prédicateur est donc un élément primordial du ministère de prédication. Croire à la Parole signifie adhérer à la Parole, l’accueillir comme Parole de l’Autre-Transcendant, et chercher à en goûter personnellement toute la saveur.  Deux exigences s’imposent alors dans ce cadre au prédicateur : humilité et méditation. L’humilité consiste ici à se considérer indigne de porter la Parole du Christ. Il ne s’agit pas de cette fausse humilité aux apparences trompeuses, mais de cette attitude du cœur qui s’incline profondément devant la Parole, cette disposition intérieure selon laquelle le prédicateur ne croit pas tout savoir de la Parole, selon laquelle il ne considère pas la Parole comme déjà connue à l’avance ; cette disposition cordiale par laquelle le prédicateur se laisse ‘surprendre’ par la Parole. L’humilité dont nous parlons ici contraste avec cette suffisance intellectuelle qui ‘toise’ la Parole de haut, au lieu de ‘s’écraser’ devant elle. Car il arrive que certains prédicateurs, trop sûrs de leurs atouts et connaissances intellectuels, donnent l’impression de connaître orgueilleusement et parfaitement la Parole. A cet effet, il suffit de rappeler l’admonestation de l’apôtre aux chrétiens de Corinthe : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4,7).
Cette première exigence d’humilité en face de la Parole implique la seconde : la méditation. Car, c’est au creuset de la méditation que le prédicateur ‘accueille’ la Parole. C’est là, que le prédicateur fait la merveilleuse expérience du prophète Jérémie : « Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur. Car, c’est ton Nom que je portais, Yahvé, Dieu Sabaot » (Jr 15, 16).  La méditation est en réalité une expérience mystique par laquelle le prédicateur ‘s’abîme’ dans la Parole, pour ainsi dire. C’est là, dans la méditation, que le prédicateur laisse le Seigneur lui parler ; c’est là, au creuset de la méditation, qu’il laisse la Parole prendre racine dans son cœur ; c’est encore là, dans la méditation qu’il découvre la beauté et la profondeur de la Parole ; et c’est toujours là, au cœur de la méditation, que le sens de la Parole lui est révélé.
On aura compris que la méditation n’est pas réservée à un moment donné, mais couvre toute l’étendue du temps qui sépare du moment où devra avoir lieu la prédication. Soit qu’il travaille, soit qu’il mange, soit qu’il dort, le prédicateur garde le cœur éveillé (Cf. Ct 5,2), disponible à accueillir à tout moment la Parole ! Il arrive, en effet, bien souvent qu’une compréhension lumineuse de la Parole germe dans l’esprit du prédicateur à un moment où il  s’y attend le moins. La méditation favorise donc la rencontre de deux amours : l’amour de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme par sa Parole, et l’amour du prédicateur qui désire, assoiffé, la Parole ! La méditation est donc une expérience amoureuse où deux amours se livrent réciproquement l’un à l’autre ! A l’instar de la bien-aimée du merveilleux Livre du Cantique des Cantiques, le prédicateur, ayant goûté au fruit de la Parole que lui offre, dans la méditation, le Bien-Aimé-Divin, peut s’exclamer avec raison: «Comme le pommier parmi les arbres d’un verger, ainsi mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. A son ombre désirée je me suis assise, et son fruit est doux à mon palais. Il m’a mené au cellier, et la bannière qu’il dresse sur moi, c’est l’amour. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisin, ranimez-moi avec des pommes, car je suis malade d’amour. » (Ct 2, 3-5).
Cette seconde exigence, fondamentale pour la prédication, fait entrevoir que le prédicateur doit être avant tout un homme de prière, un homme ouvert à l’Esprit Saint. Si la prédication est un moyen d’évangélisation, il est alors indispensable de reconnaître avec le pape Paul VI que c’est l’Esprit Saint « qui explique aux fidèles le sens profond de l’enseignement de Jésus et son mystère. Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Eglise, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. Les techniques d’évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l’action discrète de l’Esprit. La préparation la plus raffinée de l’évangélisateur n’opère rien sans lui. Sans lui, la dialectique la plus convaincante est impuissante sur l’esprit des hommes. Sans lui, les schémas sociologiques ou psychologiques les plus élaborés se révèlent vite dépourvus de valeur. Nous vivons dans l’Eglise un moment privilégié de l’Esprit. On cherche partout à le connaître mieux, tel que l’Ecriture le révèle. On est heureux de se mettre sous sa mouvance. On s’assemble autour de lui. On veut se laisser conduire par lui. Or, si l’Esprit de Dieu a une place éminente dans toute la vie de l’Eglise, c’est dans la mission évangélisatrice de celle-ci qu’il agit le plus. Ce n’est pas par hasard que le grand départ de l’évangélisation eut lieu le matin de Pentecôte, sous le souffle de l’Esprit. On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation : c’est lui qui pousse chacun à annoncer l’Evangile et c’est lui qui dans le tréfonds des consciences fait accepter et comprendre la Parole du salut. Mais l’on peut dire également qu’il est le terme de l’évangélisation : lui seul suscite la nouvelle création, l’humanité nouvelle à laquelle l’évangélisation doit aboutir, avec l’unité dans la variété que l’évangélisation voudrait provoquer dans la communauté chrétienne. A travers lui l’Evangile pénètre au cœur du monde car c’est lui qui fait discerner les signes des temps — signes de Dieu — que l’évangélisation découvre et met en valeur à l’intérieur de l’histoire.»[1] A cet effet, il suffit de considérer l’élan missionnaire et les prédications apostoliques dans les Actes des apôtres pour se rendre compte de la place qu’occupe l’Esprit Saint dans l’œuvre d’Evangélisation.
L’ouverture à l’Esprit dont nous parlons consiste à l’invoquer constamment, à demander son assistance particulière lors de la préparation d’une prédication, à remettre entre ses mains la prédication elle-même, et à demander pour les destinataires de la prédication la grâce de l’Esprit Saint, afin qu’il ouvre et dispose leurs cœurs à accueillir la Parole, et à en vivre. En un certain sens, on peut définir la prédication comme une nouvelle incarnation du Verbe dans le cœur des fidèles. Par la Prédication, le Verbe prend demeure dans le cœur des auditeurs. Et comme jadis, dans l’humble case de Nazareth, c’est par l’Esprit Saint que s’opère cette ‘nouvelle incarnation’ du Verbe. A Marie, l’ange Gabriel disait, en effet : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1, 35). De façon analogique, c’est la même chose qui s’accomplit dans la prédication : à l’invocation du prédicateur, l’Esprit descend, prend possession non seulement du prédicateur, mais aussi de l’auditoire et rend possible ‘l’incarnation’ du Verbe ! Le modèle ici, est donc le modèle marial. Le prédicateur a donc un grand avantage à contempler ce modèle. Encore que Marie est justement appelée et priée comme « l’Etoile de l’Evangélisation » par les papes Paul VI[2] et Jean-Paul II[3]
En toute vérité, le ministère de prédication est un ministère de foi. Mais il n’en demeure pas moins vrai qu’il est aussi un véritable art.

LE MINISTERE DE PREDICATION : UN ART
Nous en arrivons maintenant à une présentation concrète et pratique du ministère de prédication. Et il faut le dire tout de suite : la prédication est un art. Et comme tout art, vise la beauté. Comme tout art, il vise à transmettre ou à révéler l’Absolu. Comme tout art, il cherche à élever l’âme, non seulement des destinataires, mais aussi … du prédicateur !!! Le ministère de prédication s’inscrit parfaitement dans l’art rhétorique. La rhétorique étant l’art de bien parler et de composer des discours persuasifs. Depuis Aristote, la rhétorique classique distingue trois niveaux ou genres d’éloquence : le genre judiciaire (devant les tribunaux), le genre délibératif (dans les assemblées politiques), et le genre démonstratif (lors des célébrations). On peut ainsi synthétiser[4] :

GENRE
VALEURS CHER-CHEES
S’OCCUPE
FONC-TIONS DES ARGU- MENTS
SENTIMENTS SUSCITES
·         JUDICIAIRE        
Vérité     Equité
De faits passés
Défendre Accuser
Sévérité Mansuétude
·         DELIBERATIF
Utilité     Profit
De l’avenir
Persuader Dissuader
Crainte     Espoir
·         DEMONSTRATIF
Honnêteté Grandeur
Du présent
Louer   Blâmer
Plaisir      Dégoût

Si le prédicateur n’est guère intéressé par les genres judiciaire et délibératif, il lui est  néanmoins utile d’avoir une connaissance du genre démonstratif, encore appelé épidictique, qui « a pour fonction de faire découvrir et partager les convictions sur la grandeur et la beauté d’une idée, d’un message, d’une religion (…), en utilisant l’éloge (en grec, encômion) ou le blâme, l’approbation ou la réprobation. »[5].
De toute façon, quelque soit le genre, la rhétorique classique distingue trois facteurs de persuasion nécessaires et indispensables à la qualité d’un discours : l’autorité de l’auteur, l’argumentation du discours et les émotions que suscite le discours dans l’assemblée. Nous reprenons ici chacun de ces facteurs en les appliquant directement au ministère de prédication.

L’autorité du prédicateur
L’autorité de l’orateur ou du prédicateur tient à trois facteurs : le facteur moral, le facteur intellectuel, et le facteur spirituel.
Le facteur moral : joue un rôle important dans la réception de la prédication de la part des destinataires. La qualité morale de la vie du prédicateur est l’une des conditions majeures de la réussite d’une prédication. Cela dans la mesure où la qualité morale de la vie est le témoignage ou le contre-témoignage de ce qui est dit ou sera dit dans la prédication. On peut ici faire un exemple. Le prédicateur reconnu comme un homme peu sérieux ne pourra pas convaincre son auditoire, même par l’excellence de son talent littéraire. Le principe théorique ‘faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais’ ne fonctionne guère en matière de prédication. Au contraire, un prédicateur reconnu pour sa qualité morale exemplaire a un grand atout pour sa prédication. Cela revient, en réalité, au mot de Paul VI, à savoir que «  l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres (…) ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. »[6]
Le facteur intellectuel : On a du plaisir à écouter un prédicateur reconnu pour sa science, pour la qualité de ses enseignements. On éprouve une réelle satisfaction à écouter un prédicateur éloquent. L’éloquence n’est pas du verbiage creux, mais l’expression heureuse et convaincante d’une vérité, en l’occurrence une vérité de foi. Ce qui fait l’éloquence, c’est aussi bien la forme que le fond.
La formation intellectuelle s’acquiert. Et pour un prédicateur, il est indispensable qu’il se forme intellectuellement. Le prédicateur éloquent est d’abord et avant tout celui qui a la culture de la lecture. La lecture est depuis toujours la clé de la science. La lecture ouvre l’esprit et le cœur du prédicateur, et devient source d’inspiration pour ses prédications. Celui qui veut donc se former à l’art de la prédication veillera donc à s’investir constamment dans la lecture. Une lecture mensuelle. S’imposer le rythme d’une lecture mensuelle d’un ouvrage sérieux aide efficacement à se forger une personnalité de prédicateur. Les ouvrages à lire seront ciblés. Pas de littérature abjecte, ni mineure. En général, vu que la prédication est orientée essentiellement vers l’évangélisation, vers l’éducation de la foi, il est hautement préférable de s’orienter prioritairement vers des ouvrages de bonne théologie ou de bonne exégèse qui permettent d’avoir l’intelligence des Saintes Ecritures. La connaissance des Saintes Ecritures étant indispensable pour un prédicateur sérieux.
Une connaissance pointue de la doctrine de l’Eglise est absolument nécessaire. Car le prédicateur n’enseigne pas ses idées, ni ses connaissances, mais la foi de l’Eglise. A cet effet, il se doit de connaître la position de l’Eglise sur divers sujets, notamment telle qu’elle se présente dans les documents officiels de l’Eglise : les textes du Concile Vatican II, le Catéchisme de l’Eglise Catholique, lettres et encycliques des papes, l’enseignement des pères de l’Eglise, etc.
Cependant, l’art de la prédication nécessite aussi une connaissance profane des réalités humaines. Car, souvent le prédicateur aura à s’appuyer sur sa connaissance ‘profane’ pour évangéliser, et conforter la foi des auditeurs, lesquels ont besoin de savoir aussi que la réponse de la foi transcende celles que propose le monde. Un exemple : la lecture du merveilleux ouvrage du physicien de renom Antonino Zichichi, L’Univers a un créateur. Un physicien défie l’athéisme, paru aux Editions Salvator (Paris) en 2003, offre au prédicateur des éléments scientifiques pour affronter entre-autres les questions de l’évolutionnisme et d’autres théories scientifiques qui remettent en cause la foi chrétienne de la création du monde par Dieu…
Se former, c’est aussi s’informer. Aussi le prédicateur veillera t-il à être attentif aux informations qui lui viennent surtout de la presse. Selon le mot de Karl Bath, le prédicateur, pour prêcher, doit tenir la Bible dans une main et le journal, dans l’autre. Bref, le vrai prédicateur est un homme de culture !
Le facteur spirituel : Un prédicateur dont l’autorité spirituelle est reconnue a toujours une grande influence.
En somme, la conjonction de ces trois facteurs qui mettent en exergue l’autorité du prédicateur donne de la vigueur à la prédication. Mais il n’est pas absolument nécessaire que tous les trois facteurs que nous avons relevés soient réunis, même si c’est toujours souhaité que le prédicateur soit un homme moralement qualifié, doué intellectuellement et spirituellement reconnu ! Ce qui, néanmoins, reste indiscutable et ne peut guère être occulté, c’est bien l’argumentation du discours.

 La prédication proprement dite
Le prédicateur doit veiller à trois préalables : la maîtrise de la langue, la solennité du prédicateur et une diction nette. Une maîtrise suffisante de la langue est un atout essentiel pour la prédication. En ce qui concerne la solennité du prédicateur, elle consiste en une attitude posée, digne et présentable ; une attitude majestueuse qui est loin d’être orgueilleuse ou pédante. La solennité du prédicateur contribue à la solennité du discours. Quant à la diction, elle joue aussi un rôle important dans la prédication. Une voix nette, un discours bien articulé, prononcé avec solennité favorise la bonne réception du message.
Venons-en au discours. On peut s’inspirer de la rhétorique gréco-latine qui met en exergue  cinq parties : l’invention (inventio), la disposition (dispositio), l’élocution (elocutio), la mémoire (memoria) et l’action (actio).
L’invention n’est rien d’autre que le choix des arguments ou preuves dans le but de traiter le sujet du discours. C’est la phase préparatoire, antérieure au moment du discours ou de la prédication. Dans le cadre d’une homélie, elle consiste à identifier clairement un thème à partir des textes de la liturgie (prévus pour la messe). On peut isoler un thème soit à partir de l’ensemble des textes, soit en considérant chaque texte isolément. Parfois, même un seul mot d’un texte peut inspirer le thème de prédication. Dans tous les cas, il est conseillé de ne pas vouloir traiter beaucoup de sujets à la fois, et de concentrer la prédication sur un aspect de la thématique liturgique (de la liturgie de la Parole).  Le sujet (thème), une fois identifié, le prédicateur veillera à ne choisir que des arguments percutants pour fonder et appuyer ses idées. Toujours se rappeler le mot du vieux Boileau : « tout ce que l’on conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » !
La disposition n’est rien d’autre que l’ordonnancement du discours. Quatre éléments la composent : l’exorde (l’exordium), la narration (narratio), l’argumentation (probatio), et la péroraison (peroratio). L’exorde, c’est l’introduction du discours dont le but est d’en donner l’orientation, d’établir le contact avec l’assemblée, et d’indiquer le sujet à traiter. C’est la ‘porte d’entrée du discours’.
En matière de prédication, il est très important de capter dès le départ l’attention des auditeurs. A cet effet, le prédicateur devra être assez inventif pour susciter l’intérêt du public, en évitant les formules classiques (ex. « chers frères et sœurs, la Parole de Dieu de ce jour… »). L’avantage de ce procédé, est qu’en commençant directement le discours, sans les tournures classiques, le public, surpris, est obligé de prêter attention.
La narration, qu’on peut bien sauter, quand il s’agit de la prédication, prépare l’argumentation. Il vaut mieux, dans le cadre d’une prédication, passer à l’argumentation (probatio) qui est un ensemble de preuves que le prédicateur apporte pour justifier sa thèse (en rhétorique classique : la propositio, souvent énoncée à la fin de l’exorde). En générale, deux arguments (en faveur de la thèse qu’on veut défendre et qui est en lien avec le thème choisi) suffisent. Toute l’argumentation doit se conclure par la péroraison dont la forme varie selon les prédicateurs. Normalement, en rhétorique classique, la péroraison fait le point sur les principaux arguments utilisés. Mais dans une prédication, il est préférable de terminer par une exhortation relative à l’enseignement développé à partir des textes commentés, ou, plus précisément, relative au thème choisi.
En réalité, ce qui donne force et beauté à l’argumentation, c’est, bien sûr, l’élocution. Il s’agit d’utiliser des figures de style pour exprimer sa pensée. Disons d’emblée que la prédication n’est pas le lieu de la grandiloquence. Un style clair, simple, avec des mots bien choisis et bien agencés et des figures de style bien orientées, contribue à l’éloquence du discours. Par conséquent, le prédicateur gagnerait beaucoup à éviter la redondance, et d’autres figures de style (ironie, par exemple) qui rendraient lourd le discours. Par contre, l’usage des figures de style comme la métaphore, l’anaphore, l’anadiplose, le climax, l’anticlimax, la comparaison…est conseillé, car elles rendent vivant le discours.
Deux autres éléments rendent vivant le discours du prédicateur : la mémoire (memoria) et l’action (actio). La mémoire, c’est le fait de mémoriser un discours, et donc de le déclamer sans papier. Les anciens orateurs utilisaient ce procédé de rhétorique. Si cet exercice paraît astreignant, et s’il n’est pas indispensable de mémoriser une prédication (certains le déconseilleraient même, à raison !), il faut quand même reconnaître que l’assemblée, le public (auquel est destiné la prédication) suit difficilement une prédication lue. Une prédication sans papier est mieux suivie.
L’action, c’est la façon dont est donné le discours (les gestes, la voix…). Les gestes du prédicateur participent aussi de la vivacité de la prédication.
Par ailleurs, si le prédicateur ne se sent pas en mesure de suivre le schéma de la rhétorique classique, il ne peut se soustraire, cependant, à la rigueur d’une argumentation sérieuse, s’il veut se faire convaincant. Une argumentation rigoureuse ne saurait se passer des trois éléments suivants : Thèse, arguments, et exemples. Schématiquement, on pourrait avoir :
 THESE
 ARGUMENT 1
·         Ex. 1
 ARGUMENT 2
·         Ex. 2
La nouveauté ici c’est bien sûr les exemples. Les exemples illustrent les arguments (à chaque argument correspond un exemple précis) et permettent à l’auditoire de comprendre la thèse de l’auteur. Si les arguments présentent des facettes de la thèse, de façon théorique, les exemples, eux, en donnent une ‘visibilité concrète’. Une prédication qui ne recourt pas aux exemples court le risque de n’être que théorique, et par conséquent, de ne pas être comprise. Bien souvent, l’auditoire retient plus les exemples que les arguments, ou plutôt en retenant les exemples, il arrive à reconstituer les arguments, et donc finalement la thèse développée. Saint Alphonse-Marie de Liguori utilise ce procédé dans son célèbre ouvrage « Les Gloires de Marie », où on trouve, après chaque enseignement doctrinal, l’illustration concrète.
La difficulté que pourrait rencontrer le prédicateur consisterait dans le choix ou la manipulation des exemples. En dehors des faits de vie qui sont très précieux dans une prédication, il y a aussi d’autres sources qui pourraient permettre à celui qui accomplit le ministère de la Parole d’illustrer sa pensée. On pourrait citer les films ou feuilletons. A la condition seulement qu’ils ne soient pas pornographiques ou érotiques ! Quand bien même les films ou feuilletons sont le plus souvent centrés sur des scénarios d’amour. Un constat très simple : ces films suscitent de plus en plus beaucoup d’engouement, surtout de la part des jeunes. A tel point que, sans rien exagérer, ils semblent devenir ‘la Bible des jeunes’. Le prédicateur qui suit ces films, le fera dans un seul esprit : dans le but d’évangéliser à partir de la fiction du film. Avec un esprit critique aiguisé, il relèvera soigneusement les déviations morales et les pertinences du film (car tout n’est pas négatif dans un film, il y a toujours une certaine sagesse qui est en jeu), ce qui lui permettra d’aider ceux qui les suivent à réfléchir et à s’orienter dans la bonne direction. L’expérience a montré que le recours à ces films, dans la prédication, éveille aussitôt l’attention, surtout des jeunes.  L’admirable livre de Pascal IDE (en collaboration avec Luc ADRIAN), Les 7 péchés capitaux[7], utilise bien cette forme d’illustration par les films, à la fin de chaque chapitre.
Il y a aussi les chants profanes qui incarnent une certaine sagesse populaire. Or la sagesse populaire est toujours « semen Verbi ». Exécuter un bref refrain d’un chant profane n’a rien d’hérétique. Pourvu qu’on n’exagère pas et que la prédication ne devienne un concert. Il en va de même pour les chants religieux. Dans tous les cas, on doit tenir compte du caractère illustratif des chants et ne pas en faire un usage abusif. Une prédication qui fait recours trop souvent aux chants –qu’ils soient religieux ou non- n’en est plus une, et de fait cache une carence d’inspiration, ou tout simplement une préparation insuffisante de la part du prédicateur.
Par ailleurs, les proverbes ou autres sentences sapientielles peuvent servir d’illustration lors d’une prédication.
Une prédication bien conduite ne peut manquer d’avoir un impact sur l’auditoire. D’où le troisième élément constitutif de la rhétorique : les émotions que suscite la prédication dans l’Assemblée.

 Les réactions dans l’Assemblée
Le prédicateur, tout en tenant son discours, doit être attentif aux réactions de son public. L’expression des visages lors de la prédication est un indicateur qui témoigne de la réception du message. De même, un humour bien placé, en lien toujours avec l’argumentation menée, permet de tester le public, et de vérifier s’il suit ou non. Dans certaines circonstances, le prédicateur, pour éveiller ou réveiller l’attention de son public, pourra avoir recours à la technique rhétorique gréco-latine de la digression. La digression n’est rien d’autre que l’insertion habile d’un passage dans le discours, qui semble étranger, aussi bien par le vocabulaire que par le style, à l’ensemble de la rhétorique générale adoptée.
La réaction du public peut être aussi manifeste par des acclamations spontanées lors de la prédication. Comme aussi, elle peut être une réaction de grand silence, mais d’un silence réflexif et méditatif, ce qui peut être l’expression, non d’un manque d’intérêt aux propos du prédicateur, mais plutôt de consciences qui se sentent interpellées par le discours incisif du prédicateur. L’expérience a montré, en effet, qu’après certaines prédications, des fidèles prennent aussitôt le chemin du confessionnal.
Les réactions du public permettent au prédicateur (pendant et après la prédication) de savoir si son message est ou a été reçu ou non. Aussi doit-il se mettre à l’écoute de l’assemblée, non à la recherche de vaines flatteries, mais pour découvrir les fruits de sa prédication. Bien souvent, après la prédication, sans qu’il n’ait à poser de questions, il se rendra aussitôt compte des effets de sa prédication sur le public…
Comme on peut donc le constater, la prédication est vraiment un art qui suppose non seulement la foi mais aussi le savoir-faire. Mais le savoir-faire, le talent, n’est-il pas un don ?  La prédication est véritablement un don, un charisme au service du Corps mystique de l’Eglise.

LA PREDICATION : UN CHARISME
Parvenus à ce point de notre parcours, en ayant présent à l’esprit que la prédication est tout à la fois un ministère de foi et un art, il importe de retourner à la source, en découvrant l’enseignement des Saintes Ecritures à propos du ministère ecclésial de la Prédication. L’enseignement de l’Apôtre Paul en 1 Co 12, 4-11.27-30, Ep 4, 11-13 et Rm 12,6-8 nous offre un bon cadre de réflexion.

                        1CO 12,4-11
                           EP 4,11-13

4Il y a diversité de dons de la grâce, mais c'est le même Esprit;

5diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ;

6diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous.

7À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun.

8À l'un, c'est un discours de sagesse qui est donné par l'Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ;

9un autre la foi, dans le même Esprit ; à tel autre les dons de guérisons, dans l'unique Esprit ;

10tel autre la puissance d'opérer des miracles ; à tel autre la prophétie ; à tel autre le discernement des esprits ; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter.

11Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend (…)

27Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.

28Et ceux que Dieu a établis dans l'Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d'assistance, de gouvernement, les diversités de langues.

29Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ?

30Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ?





































11C'est lui encore qui " a donné " aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs,

12organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ,

13jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.

Une brève analyse s’impose. Aussi bien dans la 1ère Lettre aux Corinthiens que dans la Lettre aux Ephésiens, l’apôtre n’utilise pas explicitement le terme ‘prédication’. Mais cela signifie t-il pour autant que la prédication est absente dans l’Eglise primitive ? Bien sûr que non ! S’il est vrai que le terme de ‘prédication’ n’est pas utilisé, il n’en demeure pas moins vrai que le ministère de la Parole (que les modernes appellent ‘prédication’) est hautement présent dans l’Eglise de tous les temps. Ce ministère de la Parole a plusieurs facettes dans l’Eglise primitive.
En 1 Co 12, 8, Paul parle de lógos sophías, et de lógos gnóseos que la Bible de Jérusalem (BJ) traduit respectivement par discours de sagesse et discours de science ; et comprend par discours de sagesse « sans doute le don d’exposer les plus hautes vérités chrétiennes, celles qui ont trait à la vie divine et à la vie de Dieu en nous : ‘l’enseignement parfait’ de He 6,1 »[8], et le discours de science comme « le don d’exposer les vérités élémentaires du christianisme : ‘l’enseignement élémentaire sur le Christ’ de He 6,1 »[9]. Cette lecture de la BJ voit donc dans ce verset une allusion à la prédication. Mais il convient de noter que, si le vocable grec lógos signifie effectivement discours, il a aussi pour sens ‘parole’ ; quant à gnosis, il est plus correct   de le traduire par connaissance plutôt que ‘science’ (comme le fait la BJ). Ainsi comprises, ces expressions désigneraient plutôt le don de la parole de sagesse et de la parole de connaissance, ce qui ne nous oriente pas directement dans le sens du ministère de la prédication à l’intérieur de l’Eglise. A cet effet, la traduction de la Bible Chouraqui, soucieuse de rendre l’idée étymologique des mots, est plus juste : « A l’un est donnée, par le souffle, une parole de sagesse ; à l’autre, une parole de connaissance selon le même souffle. »[10]  Cependant, il est presqu’impossible de définir avec clarté la frontière entre ces deux dons. Ces deux expressions désignent un genre de discours qui, produit par l’Esprit Saint, révèle et instruit, mais on ne peut pas les poser en alternative l’une à l’autre, en associant la gnosis aux prophètes, et la sophia aux maîtres (docteurs).[11] Du point de vue du contenu, la parole de sagesse est peut-être plus orientée à la vision, donnée par l’Esprit Saint, du dessein salvifique de Dieu, alors que la parole de connaissance vise surtout la correcte appréciation de la situation du moment dans laquelle on doit opérer selon l’Esprit de Dieu, et donne à la communauté les instructions qui en dérivent[12].
Plus intéressant est le don de prophétie (1Co 12,10). Si avec ce vocable on est aussitôt orienté vers tout ce qui touche au charisme de prédiction (le mot venant effectivement du grec pro signifiant ‘en avant de’, par avance et de phèmi, ‘dire’, d’où le sens de ‘dire à l’avance’), il ne faudrait pas non plus oublier que le ministère prophétique ne se limite guère à cet aspect. Encore que la préposition pro dont est formé le mot prophète a aussi le sens de ‘devant’ (avec l’idée de lieu)[13], et par conséquent la prophétie consiste à dire (un message ou un enseignement) devant un public ou en public[14]. Le ministère prophétique est donc avant toute chose un ministère public. Le prophète est celui qui annonce la Parole de Dieu en public, qui enseigne le peuple, lui indique les voies de Dieu, et l’avertit des risques de l’égarement. Tel a été le ministère des prophètes de l’Ancien Testament. Au seuil du Nouveau Testament, on a la figure de Jean-Baptiste qui exerçait son ministère prophétique en prêchant (la conversion) en public. « A la Pentecôte et dans le temps de l’Eglise, le don de prophétie est renouvelé par l’Esprit Saint, si bien qu’existe un charisme de prophétie, exercé de fait dans l’Eglise par toutes sortes d’hommes et de femmes. Le rôle de ces prophètes, sans doute distinct de celui des prophètes qui constituent le fondement de l’Eglise, est de révéler des secrets, d’exhorter, de consoler et d’édifier ; à l’inverse des faux prophètes (gr. pseudo-prophètès), ils prophétisent en accord avec l’autorité apostolique. »[15]
En clair, le ministère de prophétie est un ministère de prédication publique qui figure dans la hiérarchie des charismes que donne l’apôtre Paul., et se situe juste après le charisme apostolique : « ceux que Dieu a établis dans l'Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d'assistance, de gouvernement, les diversités de langues » (1 Co 12, 28), «C'est lui encore qui a donné aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs. » (Ep 4, 11). Par contre, en Rm 12, 6-8, le charisme apostolique n’est pas mentionné : « pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi ; si c'est le service, en servant ; l'enseignement, en enseignant ; l'exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul ; celui qui préside, avec diligence; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie. »  On peut mettre en parallèle 1 Co 12, 28, Rm 12,6-8 et Ep 4,11[16]

                    1 Co 12,28
            Rm 12, 6-8
            Ep 4, 11

Apôtres
Prophètes
Docteurs
Les miracles
Les dons de guérison
Ceux qui ont le don de l’assistance
Du gouvernement
Des langues


Prophétie
Ministère
Qui enseigne
Qui exhorte
Qui donne sans calcul

Qui préside        
Qui exerce la miséricorde                               

Apôtres
Prophètes 
Evangélistes
Pasteurs
Maîtres

Une tentative pour expliquer le silence de Paul à propos du charisme apostolique dans la Lettre aux Romains serait que Paul ne parle pas de la structure ecclésiale en générale, ou de tous les charismes ecclésiaux, mais y met en exergue seuls les charismes ordinaires des fidèles, les charismes indispensables à l’édification et au maintien de la communauté du Christ (qu’introduisent la prophétie et la diaconie)[17].  Le discours est donc orienté uniquement vers les chrétiens qui n’appartiennent pas au corps apostolique. Les versets précédents le montrent bien : « au nom de la grâce qui m’a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi » (Rm 12, 3-4). Par contre, en 1 Co 12 comme en Ep 4, le discours de l’apôtre prend en considération tout le corps ecclésial, et pas seulement une partie du corps.
Ce qui surprend encore, c’est la ‘fragmentation’ du contenu de la prédication en Rm 12, 6-8 : prophétie, enseignement, exhortation. En toute apparence, les communautés ecclésiales primitives connaissaient le don de la prophétie (qui serait alors restreint au don de prédiction ?) et le don de l’enseignement (qui serait typiquement le don de la prédication ?). L’exhortation pourrait n’être que le couronnement de l’enseignement (de la prédication). Peter Stuhlmacher note cependant, à propos de Rm 12, 6-8,  que les fonctions d’enseignant et de prédicateur font partie du charisme de prophétie. Pour lui, l’enseignant doit s’en tenir à l’enseignement qui lui a été transmis et veiller à le communiquer sans le falsifier ; le prédicateur qui exhorte et console la communauté doit dire et faire ce qui est utile à son édification[18].
La même observation vaut aussi pour 1 Co 12, 28 qui semble distinguer aussi prophètes et docteurs, donc prophètes et prédicateurs. Les docteurs étant ceux qui enseignent, ceux qui instruisent le peuple de Dieu, les maîtres selon Ep 4,11. Le ministère de la Parole comporte donc des figures variées dans l’Eglise primitive. Ep 4, 11 en est la confirmation, car dans ce passage l’auteur n’a choisi que les dons qui sont en lien avec la parole[19] : les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les maîtres. Dans tous les cas, quelque soient les différentes figures que prend la prédication dans l’Eglise, elle reste un don, un charisme donné à un individu pour le bien de l’Eglise. Un charisme qui peut et doit être cultivé avec la seule grâce de Dieu et la bonne volonté et l’effort (toujours grâce !) de l’homme. Les modestes ‘recettes’ qui suivent ont justement pour but de développer et cultiver le charisme et l’art de la prédication, qui est, rappelons-le, un ministère de foi.

RECETTES
Ces petites ‘recettes’ visent à aider, non le conférencier, mais surtout le diacre ou le prêtre qui a la lourde et exigeante charge de prêcher (homélie) lors des célébrations liturgiques. Quant aux ‘recettes’ relatives aux autres formes du ministère de la Parole (causerie, conférence, et autres formes de prédication), on peut les recueillir librement à partir du développement méthodologique fait jusqu’ici. Ici, nos ‘recettes’ prennent prioritairement en considération les homélies lors des messes dominicales (et aussi fériales), de prémices, de mariage, et d’obsèques…

 Messe dominicale (et fériale)
·         Invoquer l’Esprit Saint
·         Lire lentement, déjà en début de semaine (lundi), chaque texte de la liturgie de la Parole (en faisant aussi attention au psaume responsorial, qui peut aussi inspirer un thème de prédication)
·         Trouver chaque jour, dans la mesure du possible, au moins 15 mn pour méditer, dans le silence, les textes, en commençant toujours par l’invocation du Saint-Esprit
·         Dégager un thème à partir d’un ou des textes. (Car, on peut bien prêcher à partir d’un seul texte.). Pour déterminer le thème, on peut noter sur un bout de papier, au crayon, les mots-clés. Dans la méthode exégétique de l’analyse narrative des récits bibliques, le mot-clé est un mot répété plusieurs fois dans un épisode. Et très souvent, l’enseignement intrinsèque d’une péricope est souvent lié à la répétition du mot-clé (sous toutes les formes : nominale, verbale, adjectivale, adverbiale…). La connaissance de l’étymologique grecque ou hébraïque du mot-clé peut être un atout, dans la mesure où les traductions en langues modernes peinent parfois à rendre l’idée exacte des mots originaux. (Bien sûr, on évitera de citer directement des mots grecs ou hébreux dans les homélies, mais sans les citer, on peut faire recours à eux pour rendre plus explicite la pensée de l’hagiographe.) Mais une telle connaissance n’est absolument pas indispensable pour prêcher.

Pour déterminer un thème, on peut aussi relever ce qu’on appelle en exégèse le motif dans une péricope. Jean-Pierre Sonnet écrit, à ce sujet, que « la narration peut également être scandée et unifiée par le retour d’un motif : une image concrète, une qualité sensorielle, une action ou un objet, associés ou non à un mot clé »[20] Il donne quelques exemples de motifs [21]: « Les pierres accompagnent ainsi la carrière de Jacob : en Gn 28, 11 il prend une pierre et en fait son chevet ; au réveil de son rêve, il dresse la pierre comme mémorial (v.18) ; en Gn 29,8, lors de sa rencontre avec Rachel, il roule la pierre qui obstrue l’ouverture du puits, à son retour de Mésopotamie, il conclut un pacte mutuel de non-agression avec son beau-père Laban en plaçant à la frontière une borne formée d’un tas de pierres (31,45-54), avant d’ériger à nouveau une stèle de pierre à son retour à Béthèl en 35,14. Ce rapport aux pierres souligne un trait particulier du personnage de Jacob, se mesurant constamment avec la résistance des choses[22]. La figure de Samson (Jg 13-16) est quant à elle associée de manière allusive mais insistante au vocabulaire et à l’imagerie du feu, depuis la flamme de l’autel dans laquelle disparaît l’ange annonçant sa naissance (13,20) jusqu’à sa manière de rompre ses liens ‘comme se rompt le cordon d’étoupe lorsqu’il sent le feu’(16,9 ; Cf. 15,14), en passant par l’incendie des moissons des Philistins grâce aux renards bouteurs de feu (15,5) et le bûcher sur lequel les Philistins font brûler la femme de Samson et son père en représailles (15,6) – si bien que le feu devient une image de Samson, force aveugle se consumant elle-même en même temps que tout ce qui croise son chemin.[23] »

Le thème d’une homélie peut aussi s’inspirer d’une idée du texte à commenter, une idée morale, psychologique, légale, politique ou théologique (obéissance en opposition à la révolte, l’élection du plus jeune…)[24]

·         A partir du thème, définir une thèse à développer
·         Relever, toujours sur papier, dans le texte ou dans l’ensemble des textes, deux arguments qui vont dans le sens de la thèse choisie
·         Choisir pour chaque argument deux exemples intéressants pour illustrer les arguments.
·         A ce niveau, dégager sur papier le plan général de l’homélie, avec les grandes articulations.
·         Rédiger le texte, si possible.
·         Imaginer en esprit un schéma pour capter l’attention du public dès le début (l’introduction ou exorde) de la prédication (jusqu’à la fin).



On pourrait faire confusion entre thème et thèse. Pour éviter une telle confusion, nous donnons ici un exemple, en nous inspirant du double miracle de la guérison de la femme hémorroïsse et de la résurrection de la fille d’un chef, en Mt 9, 18-26 :
Le thème peut être facilement identifié à partir des motifs (l’acte [du chef] de se prosterner devant Jésus ; l’intention de la femme qui veut toucher le manteau de Jésus), en lien avec un mot-clé, sauver, répété 3 fois dans la péricope. Remarquer que les 2 motifs identifiés expriment la foi du chef et de la femme. Remarquer aussi qu’au v.22, Jésus met la foi en lien avec le salut. Ainsi le thème pourrait être : Foi et salut. A partir de ce thème, le prédicateur peut formuler sa thèse comme suit : La foi qui sauve est une foi humble et courageuse. De là, deux arguments possibles :
                1- La foi humble : la foi qui se prosterne (Cf. le chef) devant Dieu.
                2- La foi courageuse (celle de la femme, mais aussi celle du chef qui demande la résurrection de sa fille) : la foi inébranlable de celui qui est convaincu qu’à Dieu il n’y a rien d’impossible. (Ici, on peut aussi relever l’acte de la femme, et définir la foi comme un l’acte de ‘toucher’ du Christ).
A partir de ces arguments, le prédicateur montrera, en illustrant son argumentation par des exemples concrets, que l’humilité et le courage dans la foi sont la condition pour obtenir le salut. Il fera noter que le salut, dans cette péricope n’est pas d’abord perçu dans sa dimension spirituelle (salut de l’âme, vision de Dieu), mais dans sa dimension corporelle (résurrection d’une morte, guérison physique d’une femme malade depuis des 12 ans).


Remarque : le prédicateur jouera sur son talent pour allier explication du texte et contextualisation, à partir des éléments jusqu’ici indiqués.

 Messe de prémices
Les éléments précédents reviennent ici. Le prédicateur veillera cependant à : 

·         Dès l’introduction, partir de la figure, de l’histoire personnelle du nouvel ordonné
·      Relever la beauté et la grandeur du Sacerdoce, en partant, par exemple, de quelque rite de l’Ordination, en montrer le sens, toujours en ayant soin de ne pas s’écarter de la figure de l’heureux du jour
·    Récupérer l’enseignement des textes du jour dans une perspective sacerdotale. Ici aussi, dégager un thème (sacerdotal) et une thèse, et la développer est d’une grande utilité. Veiller toujours au schéma Argument + Exemples
·       Terminer par quelques conseils pratiques pour un ministère sacerdotal fructueux

 Messe de mariage
Les éléments soulignés pour une prédication dominicale valent ici aussi. Le prédicateur veillera cependant à :

·         Dès l’introduction, partir de l’histoire de l’amour du couple qui se marie
·         Mettre en relief la beauté et la force de l’amour
·         Relever la beauté et la grandeur du Mariage sacramentel, en partant, par exemple du rite du Mariage, en montrer le sens, toujours en ayant soin de ne pas s’écarter de la figure des heureux du jour.
·         Insister sur les engagements et les implications du sacrement du Mariage, à partir par exemple du rite de l’échange des consentements, ou à partir des textes choisis pour la circonstance (souvent laissés à la responsabilité des époux). Toujours conseillé de thématiser.
·          Terminer par quelques conseils pratiques pour une vie matrimoniale heureuse.

 Obsèques
Les éléments ci-dessus indiqués (messe dominicale) entrent aussi en ligne de compte. Le prédicateur veillera toutefois à :

·         Ne pas tomber dans le piège d’une oraison funèbre qui viserait à ‘canoniser le défunt’. Car la messe de requiem est plutôt une occasion pour implorer la miséricorde du Seigneur en faveur du défunt.
·         Néanmoins on peut toujours mettre en exergue la figure du disparu et célébrer la bonté et les merveilles du Seigneur dans sa vie
·         Les derniers instants de sa vie et ses dernières paroles peuvent être rappelés, s’ils témoignent de sa foi et de son amour pour Dieu
·          Dans le cas d’un décès tragique, et même en général, il est plus indiqué d’adopter d’abord un discours d’amour (c’est-à-dire de consolation, de proximité avec ceux qui sont éplorés) avant de parler de foi et de salut. Même si la finalité est toujours la foi, dans de pareilles circonstances, il est toujours souhaitable d’emprunter un raccourci ‘diplomatique’, dans le but de disposer l’auditoire, surtout ceux qui sont éplorés, à accueillir le message de foi qui suivra.
·         Le prédicateur n’oubliera pas qu’à l’occasion d’obsèques sont présents non seulement des croyants, mais aussi des non-croyants. L’occasion est donc belle pour ‘évangéliser’ et inviter à la réflexion sur le sens de notre existence terrestre.
·         La liturgie de la Parole oriente d’ailleurs la méditation dans ce sens.

Que retenir ?
A propos de l’homélie, le pape Benoît XVI écrit : « En relation avec l'importance de la Parole de Dieu, il est nécessaire d'améliorer la qualité de l'homélie. En effet, elle ‘ fait partie de l'action liturgique’; elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. C'est pourquoi les ministres ordonnés doivent ‘préparer l'homélie avec soin, en se basant sur une connaissance appropriée de la Sainte Écriture’. On évitera les homélies générales et abstraites. Je demande en particulier aux ministres de faire en sorte que l'homélie mette la Parole de Dieu proclamée en étroite relation avec la célébration sacramentelle et avec la vie de la communauté, en sorte que la Parole de Dieu soit réellement soutien et vie de l'Église. Que l'on garde donc présent à l'esprit le but catéchétique et exhortatif de l'homélie. Il paraît opportun, à partir du lectionnaire triennal, de proposer aux fidèles, avec discernement, des homélies thématiques qui, tout au long de l'année liturgique, traiteront les grands thèmes de la foi chrétienne, puisant à ce qui est proposé avec autorité par le Magistère dans les quatre ‘piliers’ du Catéchisme de l'Église catholique et dans le récent Abrégé: la profession de foi, la célébration du mystère chrétien, la vie dans le Christ, la prière chrétienne. »[25]
Ce qu’il faut surtout retenir, au terme de ce parcours, c’est que le ministère de la Parole est surtout un ministère de foi qui exige d’abord la foi du ministre. C’est aussi un charisme que tout ministre veillera à demander en toute humilité à Dieu, Source de toutes grâces. Mais c’est aussi un art qu’il importe de connaître et de savoir ‘manier’, un art qui a ses exigences auxquelles le prédicateur ne saurait se dérober. Le but du ministère de la Parole étant d’évangéliser, quelle joie pour le prédicateur de savoir que par son ministère, il apporte sa pierre à l’œuvre séculaire d’évangélisation ! Quelle joie pour lui de savoir qu’il est investi de l’autorité prophétique de ceux qui dans l’histoire du Salut ont porté le message de Salut à leurs frères ! Quelle joie pour lui, de pouvoir dire, après chaque prédication, à l’instar du psalmiste : « J’ai annoncé la justice de Yahvé dans la grande assemblée ; vois, je ne ferme pas mes lèvres, toi, tu le sais » (Ps 40/39, 10) ! Quelle joie, quel bonheur d’aider le peuple de Dieu à croître dans la foi et dans l’amour ! S’il est un ministère délicat et exigeant, le ministère de la Parole est aussi très exaltant. Il suffit, à cet effet, de se laisser porter par le Divin Esprit, l’Esprit qui animait les prophètes, l’Esprit qui animait le Christ, l’Esprit de Pentecôte, l’Esprit qui conduit l’Eglise !


                    PRIERE A L’ESPRIT SAINT 
                   (Avant toute prédication)
                 
                    Esprit Saint,
                    Esprit du Père et du Fils 
                    Esprit qui planais sur les eaux
                    Esprit qui rendis possible la Conception virginale de Marie      
                    Esprit qui faisais parler et agir le Fils de Dieu fait chair
                    Esprit qui ouvrais le cœur des foules
                    Aux délices de la Parole de Salut
                    Annoncée par le Christ,
                    Esprit promis par le Christ à ses disciples,
                    Esprit descendu sur les Apôtres à la Pentecôte,
                    Esprit qui inspirais les disciples du Christ dans leurs prédications,
                    Esprit qui soutenais la prédication
                    Des disciples du Christ par des signes,

                    Viens, Esprit Saint, m’inspirer
                    En ce moment où je vais prêcher la Bonne Nouvelle
                    Viens, Esprit Saint, m’ouvrir le cœur et l’esprit
                    Inspire-moi un langage correct, simple, beau
                    Et accessible à tous

                   Esprit de Prédication,
                   Rends ma prédication vivante et savoureuse
                   Pour le Peuple des fidèles qui m’écoutera :
                   Que personne ne s’ennuie en m’écoutant !
                   Que personne ne s’énerve en m’écoutant !
                   Que personne ne s’assoupisse
                   Pendant ma prédication !
                   Que personne ne soit indifférent
                   Pendant ma prédication !
                 
                   Esprit de prédication,
                   Descends sur mon auditoire,
                   Dispose le cœur de chacun et de tous
                   A accueillir avec enthousiasme et action de grâce
                   La parole de foi qui jaillira de ma bouche
                   Esprit de Puissance,
                   Esprit de prédication,
                   Investis-moi de ta puissance
                   Afin que ma prédication
                   Soit source de guérison pour les croyants,
                   Accompagne ma prédication
                   Des Signes de Résurrection
                   Qui manifestent que Christ est vivant

                   Mais Esprit Saint,
                   Ne permets pas que je sois emporté
                   Par les flots diaboliques
                   De l’orgueil et de la vaine satisfaction
                   Fais-moi plutôt la grâce de m’effacer devant le Christ,
                   La grâce de vivre dans la vérité
                   De son Evangile, en toute humilité

                   Viens, Esprit Saint
                   Viens embraser mon cœur et mon être
                   Et que ma bouche vomisse
                   Le Feu de la Parole de Dieu !
                   Viens, Esprit Saint, viens…

                                                                    Père Mathieu C. AIFAN
                             Archidiocèse de Cotonou
                                                                   BENIN

NOTES

[1] Evangelii Nuntiandi, N°75.
[2] Idem, N°82.
[3]  C’était à l’ouverture des travaux de la IIIe conférence générale de l'épiscopat latino-américain, le 28 janvier 1979.
[4]Cf. J-N. ALETTI et al., Vocabulaire raisonné de l’Exégèse biblique. Les mots, les approches, les auteurs (Paris 2005) 83.
[5] Idem.
[6] Evangelii Nuntiandi, N°41
[7] Cf. P. IDE – L. ADRIAN, Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête (Paris 2009).
[8] Note b de la BJ sur 1Co 12,8.
[9] Note c de la BJ sur 1 Co 12,8.
[10] Néanmoins la traduction « souffle » n’est pas très heureuse.
[11] Cf. F. LANG, Le Lettere ai Corinti (Nuovo Testamento Seconda serie N° 7 ; Brescia 2004) 216.
[12] Idem.
[13] Cf. J-C INGELAERE – P. MARAVAL – P. PRIGENT, Dictionnaire Grec-Français du Nouveau Testament (Paris 2009) 126.
[14]Cf. X. LEON-DUFOUR, ‘prophète’, Dictionnaire du Nouveau Testament (Paris 1996) 455.
[15] Idem, 456.
[16] Voir S. TAROCCHI, Paolo. Lettere della prigionia (DLP ; Padova 2004) 67.
[17] Cf. P. STUHLMACHER, La Lettera ai Romani (Nuovo Testamento Seconda serie N°6 ; Brescia 2002) 232.
[18] Idem.
[19] Cf. TAROCCHI, Paolo, 68.
[20] J-P SONNET, « L’analyse narrative des récits bibliques », Manuel d’exégèse de l’Ancien Testament (ed. M. BAUKS et C. NIHAN (Paris 2008) 84.
[21] Idem, 84-85.
[22] C’est nous qui soulignons
[23] C’est nous qui soulignons
[24] SONNET, ‘Analyse narrative’, 85.
[25] Exhortation apostolique Post-Synodale Sacramentum caritatis, n°46.