UN VALEUREUX SOLDAT DU CHRIST
Dix
ans après le brusque départ de l’illustre père Florent[1],
nos cœurs continuent de vibrer au rythme du souvenir : souvenir d’un
véritable soldat du Christ qui, en cet inoubliable dimanche 18 Février 2001, a
définitivement déposé les armes - après un âpre combat - pour entrer dans
l’éternelle et inaltérable Gloire du Vainqueur par excellence :
Jésus-Christ !
LE COMBAT DU
PERE FLORENT NASCIMENTO
Dix
ans après la fin du combat du père Florent, les yeux de notre esprit, plongés
dans les abysses et les abîmes du passé se fixent sur un événement, un lieu et
une date : la session diocésaine des animateurs « Samuel » à Sèhouè
en Août 1994. C’est là qu’il nous enseigna cet admirable chant qui, en réalité,
résume toute sa logique et sa vision du combat (spirituel) : « Marchons au combat à la Gloire,
marchons sur les pas de Jésus, nous remporterons la victoire et la couronne des
élus ! ». Il fallait voir l’expression profonde de son visage, ce
jour-là, pour se rendre compte qu’il exprimait ainsi une conviction intime. La
conviction que le combat - son combat -, n’est pas le sien, mais celui du
Christ. La conviction aussi que ce combat ne peut que conduire à la
victoire ! Pour le père Florent, la vie chrétienne est décisivement un
combat, mais non un combat extérieurement ‘exorciste’. C’est plutôt un combat
intérieurement ‘exorciste’. Il s’agit, dans sa vision, de s’affranchir soi-même
- avec la Grâce de Dieu- de l’Esclavage du Péché. Le premier couplet du chant
qu’il nous enseignait alors, l’exprime avec éloquence : « Pourquoi languir dans
l’esclavage ? Pourquoi porter des fers honteux ? Régner au Ciel est
le partage du chrétien brave et généreux ! »
Nous
qui avons été si proches de lui, et qui l’avons vu à l’œuvre dans ce combat
spirituel, nous connaissons son ardeur enflammée à lutter contre le péché dans
sa propre vie. Nous connaissons aussi la fascination qu’il éprouvait pour saint
Paul, et son admiration pour la densité spirituelle des lettres de l’apôtre. Et
nul doute que sa conception du combat spirituel ait été fortement influencée
par la lettre de l’apôtre de Damase aux chrétiens d’Ephèse. Une fois identifié
l’Ennemi à combattre et à abattre, le Diable, Père du péché, l’écho de la voix
de saint Paul résonnait continûment dans son cœur : « Tenez-vous debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour
cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Evangile de la Paix ;
ayant toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez
éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du
Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la
prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Eph
6, 14-18).
C’est
toujours ce même passage de l’Epître aux Ephésiens qui offre le second pôle du
combat du Père Florent. Saint Paul, poursuit en effet : « Ce n’est pas contre des adversaires de
sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre
les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les
esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph 6,12).
DU COMBAT A LA
VICTOIRE
Situer
ces deux niveaux du combat spirituel (identifiés plus haut) permet de mieux
comprendre son Engagement. Revêtant l’armure du combat (cf. Eph. 6, 14-18), le
bon Père Florent veillait à ne laisser dans sa vie personnelle aucune fissure,
aucune porte d’entrée au péché. Et il était absolument conscient que la
victoire au combat dépend aussi d’une rigoureuse discipline ‘ascétique’. Et il
fallait être très proche de lui pour le ‘surprendre’ quelquefois - malgré sa
discrétion - dans ses ‘élans ascétiques’. Ses longues prières, souvent
nocturnes et matinales (au petit jour), ses fatigues et ses souffrances - tant
morales que physiques - offertes en sacrifice à Dieu, son renoncement aux
plaisirs ‘mondains’ (le monde au sens johannique du terme !) de tout
genre, ses jeûnes…ont fait de lui un redoutable combattant pour le Malin. Mais
il était très loin d’être égoïste, centré sur lui-même, le Père Florent !
Avec quel souci, quel amour, quel tact, il s’évertuait à faire revenir sur le
bon chemin ceux qui s’égaraient ! Avec une séduisante douceur et une
grande patience, il s’efforçait d’éteindre les flammes du péché, partout où
elles sont allumées ! Jamais nous ne l’avons entendu formuler un jugement
négatif à l’encontre de quelqu’un.
Dans
un échange privé que nous eûmes avec lui, à Gbèdégbé en 1998, il nous confiait
qu’il faut toujours s’abstenir de juger l’autre à partir de ses ‘errements’.
Car, selon lui, en tout homme qui s’égare, il y a toujours, loin de tout regard
extérieur, une souffrance (liée au péché). Et cette souffrance, pour lui, a
déjà une valeur rédemptrice.
Quant
au second pôle de son combat spirituel (le combat direct contre les esprits du
mal), il faut bien se rappeler qu’il est
la merveilleuse conséquence de sa FOI en Jésus-Christ. A une époque donnée,
dans un contexte d’adversité ‘spirituelle’, pour ne pas dire ‘mystique’, on lui
a attribué l’adaptation d’un chant révolutionnaire dans une perspective
spirituellement guerrière : « Fun
mi nan fun bo ayi nan xon é, fun mi nan fun bo zan nan do égbé ; ayi ba
Djésu xo, fun mi nan fun bo ayi nan xon » (Gare à toi, si jamais tu
défies et provoques Jésus : ce sera la guerre jusqu’à l’aube, la guerre
jusqu’à la tombée de la nuit !).
Les
retentissantes « victoires » qu’il a connues dans le combat contre
les mauvais esprits, surtout en l’an 2000, sont à comprendre comme la
manifestation et la concrétisation d’une grâce demandée et reçue par le Père
Florent, dans la perspective de libération étroitement liée au Jubilé de l’an
2000. Dans cette logique, on comprend alors, dix ans après, que sa course
terrestre se soit achevée, que son combat spirituel ait pris fin, ce dimanche
18 Février 2001, soit juste après la clôture du jubilé de l’an 2000. Le
combattant est couronné par le Roi, après un combat spirituel acharné qui a trouvé
son paroxysme dans l’Année jubilaire, Année par excellence de Libération à tous
points de vue !
Le mot plein de sens de Victor HUGO résume
avec éloquence la dense vie du ‘soldat Florent’ : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont/ Ceux dont
un dessein ferme emplit l’âme et le front/ Ceux qui d’un haut destin gravissent
l’âpre cime/ Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime/ Ayant devant
les yeux sans cesse, nuit et jour/ Ou quelque saint labeur ou quelque grand
amour/ C’est le prophète saint prosterné devant l’arche/ C’est le travailleur,
pâtre, ouvrier, patriarche/ Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont
pleins/ Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains/ Car de son
vague ennui le néant les enivre/ Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister
sans vivre. »
Oui,
le Père Florent a vécu, parce qu’il a lutté. Il a lutté, parce qu’il a vécu.
Qu’il nous aide, du haut du ciel, à vivre pour le Seigneur, résolument engagé
dans le combat du Seigneur. Ainsi nous n’aurons pas existé sans vivre !
Ainsi nous aurons été chrétiens ! Simplement chrétiens ! Et
pleinement chrétiens !
Père
Mathieu C. AÏFAN
[1]Cet
article a été publié à l’occasion du 10ème anniversaire de décès du
Père Florent NASCIMENTO dans « La Croix du Bénin », en Février 2011.