"L’Année de la foi est une invitation à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, unique Sauveur du monde". BENOIT XVI "« Dieu me demande de continuer à la servir avec le même dévouement et amour qu’avant mais de manière plus adaptée à mon âge et à mes forces ». BENOIT XVI
" POUR MOI, VIVRE, C'EST LE CHRIST (PH 1,21) " "Regarde l'Etoile, invoque Marie" (St Bernard) "Seigneur, avec toi nous irons au désert, poussés comme toi par l'Esprit!..."

vendredi 28 février 2014

LE PERE FLORENT NASCIMENTO:



UN VALEUREUX  SOLDAT DU CHRIST

Dix ans après le brusque départ de l’illustre père Florent[1], nos cœurs continuent de vibrer au rythme du souvenir : souvenir d’un véritable soldat du Christ qui, en cet inoubliable dimanche 18 Février 2001, a définitivement déposé les armes - après un âpre combat - pour entrer dans l’éternelle et inaltérable Gloire du Vainqueur par excellence : Jésus-Christ !

LE COMBAT DU PERE FLORENT NASCIMENTO

Dix ans après la fin du combat du père Florent, les yeux de notre esprit, plongés dans les abysses et les abîmes du passé se fixent sur un événement, un lieu et une date : la session diocésaine des animateurs « Samuel » à Sèhouè en Août 1994. C’est là qu’il nous enseigna cet admirable chant qui, en réalité, résume toute sa logique et sa vision du combat (spirituel) : « Marchons au combat à la Gloire, marchons sur les pas de Jésus, nous remporterons la victoire et la couronne des élus ! ». Il fallait voir l’expression profonde de son visage, ce jour-là, pour se rendre compte qu’il exprimait ainsi une conviction intime. La conviction que le combat - son combat -, n’est pas le sien, mais celui du Christ. La conviction aussi que ce combat ne peut que conduire à la victoire ! Pour le père Florent, la vie chrétienne est décisivement un combat, mais non un combat extérieurement ‘exorciste’. C’est plutôt un combat intérieurement ‘exorciste’. Il s’agit, dans sa vision, de s’affranchir soi-même - avec la Grâce de Dieu- de l’Esclavage du Péché. Le premier couplet du chant qu’il nous enseignait alors, l’exprime avec éloquence : « Pourquoi languir dans l’esclavage ? Pourquoi porter des fers honteux ? Régner au Ciel est le partage du chrétien brave et généreux ! »
Nous qui avons été si proches de lui, et qui l’avons vu à l’œuvre dans ce combat spirituel, nous connaissons son ardeur enflammée à lutter contre le péché dans sa propre vie. Nous connaissons aussi la fascination qu’il éprouvait pour saint Paul, et son admiration pour la densité spirituelle des lettres de l’apôtre. Et nul doute que sa conception du combat spirituel ait été fortement influencée par la lettre de l’apôtre de Damase aux chrétiens d’Ephèse. Une fois identifié l’Ennemi à combattre et à abattre, le Diable, Père du péché, l’écho de la voix de saint Paul résonnait continûment dans son cœur : « Tenez-vous debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Evangile de la Paix ; ayant toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Eph 6, 14-18).
C’est toujours ce même passage de l’Epître aux Ephésiens qui offre le second pôle du combat du Père Florent. Saint Paul, poursuit en effet : « Ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph 6,12).

DU COMBAT A LA VICTOIRE

Situer ces deux niveaux du combat spirituel (identifiés plus haut) permet de mieux comprendre son Engagement. Revêtant l’armure du combat (cf. Eph. 6, 14-18), le bon Père Florent veillait à ne laisser dans sa vie personnelle aucune fissure, aucune porte d’entrée au péché. Et il était absolument conscient que la victoire au combat dépend aussi d’une rigoureuse discipline ‘ascétique’. Et il fallait être très proche de lui pour le ‘surprendre’ quelquefois - malgré sa discrétion - dans ses ‘élans ascétiques’. Ses longues prières, souvent nocturnes et matinales (au petit jour), ses fatigues et ses souffrances - tant morales que physiques - offertes en sacrifice à Dieu, son renoncement aux plaisirs ‘mondains’ (le monde au sens johannique du terme !) de tout genre, ses jeûnes…ont fait de lui un redoutable combattant pour le Malin. Mais il était très loin d’être égoïste, centré sur lui-même, le Père Florent ! Avec quel souci, quel amour, quel tact, il s’évertuait à faire revenir sur le bon chemin ceux qui s’égaraient ! Avec une séduisante douceur et une grande patience, il s’efforçait d’éteindre les flammes du péché, partout où elles sont allumées ! Jamais nous ne l’avons entendu formuler un jugement négatif à l’encontre de quelqu’un.
Dans un échange privé que nous eûmes avec lui, à Gbèdégbé en 1998, il nous confiait qu’il faut toujours s’abstenir de juger l’autre à partir de ses ‘errements’. Car, selon lui, en tout homme qui s’égare, il y a toujours, loin de tout regard extérieur, une souffrance (liée au péché). Et cette souffrance, pour lui, a déjà une valeur rédemptrice.
Quant au second pôle de son combat spirituel (le combat direct contre les esprits du mal), il faut bien se rappeler  qu’il est la merveilleuse conséquence de sa FOI en Jésus-Christ. A une époque donnée, dans un contexte d’adversité ‘spirituelle’, pour ne pas dire ‘mystique’, on lui a attribué l’adaptation d’un chant révolutionnaire dans une perspective spirituellement guerrière : « Fun mi nan fun bo ayi nan xon é, fun mi nan fun bo zan nan do égbé ; ayi ba Djésu xo, fun mi nan fun bo ayi nan xon » (Gare à toi, si jamais tu défies et provoques Jésus : ce sera la guerre jusqu’à l’aube, la guerre jusqu’à la tombée de la nuit !).
Les retentissantes « victoires » qu’il a connues dans le combat contre les mauvais esprits, surtout en l’an 2000, sont à comprendre comme la manifestation et la concrétisation d’une grâce demandée et reçue par le Père Florent, dans la perspective de libération étroitement liée au Jubilé de l’an 2000. Dans cette logique, on comprend alors, dix ans après, que sa course terrestre se soit achevée, que son combat spirituel ait pris fin, ce dimanche 18 Février 2001, soit juste après la clôture du jubilé de l’an 2000. Le combattant est couronné par le Roi, après un combat spirituel acharné qui a trouvé son paroxysme dans l’Année jubilaire, Année par excellence de Libération à tous points de vue !
 Le mot plein de sens de Victor HUGO résume avec éloquence la dense vie du ‘soldat Florent’ : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont/ Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front/ Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime/ Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime/ Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour/ Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour/ C’est le prophète saint prosterné devant l’arche/ C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche/ Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins/ Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains/ Car de son vague ennui le néant les enivre/ Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. »
Oui, le Père Florent a vécu, parce qu’il a lutté. Il a lutté, parce qu’il a vécu. Qu’il nous aide, du haut du ciel, à vivre pour le Seigneur, résolument engagé dans le combat du Seigneur. Ainsi nous n’aurons pas existé sans vivre ! Ainsi nous aurons été chrétiens ! Simplement chrétiens ! Et pleinement chrétiens ! 
                                                                                Père Mathieu C. AÏFAN
      



[1]Cet article a été publié à l’occasion du 10ème anniversaire de décès du Père Florent NASCIMENTO dans « La Croix du Bénin », en Février 2011.